Ma passion pour l’évasion – partie 3/3

Ceci représente l’ultime partie de mon voyage à ce jour. Sur le chemin, j’ai connu toutes sortes d’embûches, presque autant de bons coups que de mauvais, mais j’ai réussi à garder le cap. Au final, je me suis rendue compte peu à peu que mon voyage livresque était loin de se terminer. En tout, il s’est passé plusieurs années entre chacun de mes projets. En additionnant les périodes de création pure, de rédaction, de réécriture, puis d’attente auprès des maisons d’édition, j’ai connu mon lot d’incertitudes et de découragements. Dans le meilleur des cas, mes pensées dérivaient ailleurs et une envie pressante de passer à autre chose me pesait. Un nouveau projet devait alors voir le jour.

En y réfléchissant bien, j’ai toujours senti le besoin de m’évader avec l’écriture, mais mes envies me poussaient progressivement vers quelque chose d’encore plus insolite, du jamais-vu pour moi. L’une des nombreuses craintes d’un auteur est souvent d’écrire le même livre deux fois ou à répétition, comme s’il serait coincé dans ses idées fermées. J’entends bien ici que les mots seraient quelque peu différents, mais que le reste viendrait à redire ce qu’on a déjà été dit. Moi, je voulais ne prendre aucun risque et créer quelque chose de complètement différent, au risque de moins me ressembler peut-être. Il m’est alors venu l’idée d’écrire en duo. Évidemment, je ne pouvais pas choisir n’importe qui comme partenaire de voyage. Ma très chère collègue, Withney St-Onge B. s’est révélée la parfaite candidate. C’est de nos deux cerveaux que Déviance est né!

Cette fois, l’odyssée fut bien différente de ce que j’avais connu en solo. Beaucoup plus crue et sanglante. Je dis souvent que personne ne peut lire «Déviance» sans en sortir indemne… et c’est franchement vrai! Il y a dans ce livre des choses que je n’aurais jamais écrit seule. Des choses horribles… mais horriblement vraies. C’est un voyage d’un autre genre complètement. Moins métaphorique, plus dans ta face. Un genre de coup de poing qui est là à la fois pour choquer, à la fois pour dénoncer. Un thriller dystopique qui regroupe nos pires cauchemars en ce qui a trait à l’humanité. Moi qui aimais dresser un portrait fin et brossé de la société, je me suis lâchée lousse.

Certains disent qu’il n’y a aucun avantage à s’éparpiller dans plusieurs genres littéraires. En tant qu’auteur de science-fiction, de fantastique et de fantasy, je ne peux pas faire autrement que de considérer une seconde voie. Je sais que la plupart de mes lecteurs n’aiment pas tous mes romans. Je les comprends parfaitement. Mais mon esprit n’est pas du genre à vouloir s’enfermer dans un carcan. Il aime voyager, être libre d’explorer, tester ses limites, s’aventurer en terra incognita. Je suis peut-être un de ses auteurs sauvages qu’on ne peut dompter, quitte à nuire à mon propre succès éditorial.

Reste que j’aime me laisser guider par la pulsion du moment. Un instinct qui m’encourage dans une direction ou une autre, au gré du vent. Je ne peux pas prédire l’avenir… et c’est bien comme ça. Pour ceux qui auraient besoin de me placer dans une case, sachez que je ne fais pas exprès de virevolter à droite et à gauche. C’est qu’il y a tellement de sujets intéressants à exploiter et d’aventures à découvrir. Il y a peu de temps, je me définissais simplement comme une auteure de l’imagine. Or, j’ai moi-même failli à cette règle en m’aventurant dans la fiction réaliste (Nos héros). 

Je conclurai donc avec ceci : je me définis aujourd’hui comme une auteure, point final. Il ne devrait pas y avoir d’étiquettes ou de barrières pour les créateurs. Je suis une artisane des mots, voilà! Les personnages sont au centre de mes histoires, le propos est décortiqué sur tous les angles. C’est à peu près tout ce qu’il faut pour décrire mon style. Et, si vous trouvez encore que je voyage au-delà de mon champ d’expertise pour l’avenir, pensez au fait que les auteurs libres devraient se laisser porter d’un projet à l’autre selon leurs envies. Laisser parler son cœur et sa plume fait un bien fou à quiconque. C’est ainsi seulement que je peux vous promettre que le voyage en vaut la peine. J’espère que maintenant, on se comprend, entre vadrouilleurs des temps modernes.

Alors, en voiture, Simone! (Bon je sais je suis trop jeune pour cette expression, mais elle me fait toujours bien rigoler)